Lors de notre dernier entretien, nous avions échangé sur votre colère et sur les conséquences que cela engendre dans votre vie au quotidien. Cela m’a fait penser à une histoire que j’aimerais vous raconter.

Pour cela, installez-vous bien confortablement dans votre siège et faites trois respirations profondes par le ventre. Lorsque vous serez prêt, je commencerai.

Comme je vous le disais, cela me fait penser à une histoire qui se passe dans la savane, dans le sud de l’Afrique. Par une journée de grosses chaleurs, un jeune lion se reposait tout recroquevillé dans le creux des racines d’un vieux baobab. Ce lion était grand et robuste avec de petites oreilles, de grands yeux marrons et une longue crinière majestueuse brune, avec des reflets dorés. 

Ce lion s’appelait Loumba.

Loumba dormait profondément et n’avait aucune envie de bouger, cela faisait des jours qu’il ne bougeait pas, sauf pour aller chasser le strict nécessaire pendant la nuit. Soudain, un bruit de pas d’éléphants le fit sursauter. Il se réveilla de très mauvaise humeur, un peu comme tous les autres derniers jours d’ailleurs. 

Agacé, il se mit à courir très vite, le plus vite qu’il pouvait, il ressentit le besoin d’évacuer cette sensation étrange qu’il avait au fond de lui. Il courut tellement loin qu’il se retrouva devant une montagne de roches, bien loin de son lieu de vie. Il se mit à gravir les rochers grisâtres et abrupts jusqu’à atteindre un endroit avec un renfoncement. C’était une grotte, mais il ne l’avait pas remarquée. Loumba se mit face à la plaine qu’il voyait de quelques mètres de haut. De là, il se mit à rugir le plus fort qu’il put pour évacuer sa colère. Son cri était tellement fort qu’il fut entendu à des kilomètres à la ronde. Tous les oiseaux des environs se sont mis à voler brusquement, sentant un danger arriver. On pouvait voir ses crocs pointus tant sa gueule était grande ouverte, de la bave en sortait légèrement. 

Soudain, derrière lui, un ours surgit de la grotte. Il était grand, fort, avec de grosses pattes et une fourrure brune qui scintillait sous les reflets du soleil. Le lion se retourna, se mit en position d’attaque, prêt à bondir sur sa proie, mais très vite, il fut saisi par la douceur du regard de l’ours qui l’observait avec des yeux ronds et brillants comme des soleils. Il avait la sensation d’être sans danger, car il dégageait de lui une extrême sagesse et une grande sérénité.

L’ours attendit quelques instants avant de demander à Loumba : « Pourquoi es-tu si en colère ? Tu as fait peur à toute la savane. » Le jeune lion lui répondit qu’il ne savait pas pourquoi il ressentait cette rage, cette chaleur dans la tête, cette envie de tout détruire sur son passage. C’était plus fort que lui. Le lion le sollicita pour savoir s’il voulait bien prendre quelques instants afin de poser et y réfléchir. Le lion, intrigué, accepta bien volontiers. Il s’assit à côté de l’ours, face à la plaine, faisant face à un spectacle magnifique, un paysage de verdure luxuriante où des animaux en tout genre vivaient tranquillement.

— Moi, c’est Loumba et toi ?

— Je suis Baloo. Je vis ici dans cette grotte depuis deux ans. Et toi ? dit l’ours.

— Ma tribu et moi vivons à plusieurs kilomètres d’ici, mais emporté par ma colère, je suis allé trop loin, bien plus loin que mon territoire. 

— Je vois. Maintenant que tu es plus calme, explique-moi pourquoi tu ressens cette colère ? 

Loumba lui expliqua que dernièrement, il n’avait envie de rien, pas de force, pas de motivation, juste assez pour aller chasser au plus près pour se nourrir, et aller à la rivière pour apaiser sa soif. Il ne savait pas pourquoi il se sentait si mal, il avait la sensation de devenir tout rouge de l’intérieur, comme si une flamme en lui brûlait. Il avait la sensation d’être tout petit. 

— Je vois, dit Baloo. Quelle est, d’après toi, la partie responsable de ce ressenti ?

— Hummmm…

Après quelques secondes de réflexion, Loumba lui dit : 

— Je crois que cela vient de ma tête, c’est là que c’est le plus fort, le plus douloureux.

— Et quelle est, d’après toi, l’intention derrière cette sensation ou ton récent comportement ?

— Je me sens frustré, non compris, pas bien intégré dans mon clan. Je suis le fils du grand Simba, chef de notre clan. Je serai amené à lui succéder si jamais il venait à disparaître. Ce sentiment me permet de me mettre en repli, en sécurité.

— Je comprends, dit Baloo. Quand tu dis “non intégré”, que veux-tu dire ?

— J’ai l’impression que les autres lions de mon clan me mettent de côté. J’ai besoin de me sentir appartenir à mon clan.

— Très bien, dit Baloo. Et ce besoin d’appartenance est vraiment important pour toi ?

— Oui, lui répondit le lion tout doucement, devenu plus triste, avec un regard plus fuyant. C’est important car je n’aime pas être seul.

— Je comprends, alors qu’elle serait, d’après toi, la partie de toi qui serait la plus créative ?

— La plus créative ? répondit le lion. 

— Oui, celle qui, en toi, t’apporte le plus de joie, qui est la plus colorée peut-être, avec laquelle tu as envie de faire des choses avec plaisir. 

— Alors, je répondrais : le cœur, dit très vite Loumba. 

— Ah oui ? Et que te dit ton cœur ? Peux-tu lui demander s’il veut bien collaborer avec toi ?

Très vite, Loumba ressentit un élan de joie à cette idée. 

— Je te laisse te connecter à lui, et lui demander s’il a des solutions à t’apporter afin de ne plus ressentir cette colère.

Le lion s’allongea sur le flanc droit afin de mieux se placer et d’être plus à l’aise. 

— Mon cœur me dit que si je vais davantage vers les autres membres de mon clan, et que j’essaye de jouer avec eux, cela pourrait être une bonne idée. 

— Aller vers les autres ? Faire le premier pas, tu veux dire ?

— Oui c’est ça. 

— Et quoi d’autre ? demanda Baloo.

— Eh bien, j’ai remarqué qu’une petite lionne de mon clan m’aimait bien.

— Et toi ? lui dit l’ours. 

— Eh bien, moi aussi. Elle s’appelle Nala, elle est douce, gentille et très belle. Je pourrais passer plus de temps à jouer avec elle pour la connaître.

— Oui très bien, et quoi d’autre ?

Le lion ne voyait pas d’autres solutions ; et puis, au bout de quelques minutes de réflexion, une idée lui traversa l’esprit :

— Je peux venir te voir pour discuter et passer du temps avec toi ?

Baloo, très touché, lui dit qu’il pouvait venir quand il souhaitait, mais à une condition. 

— Ah oui, laquelle ? » dit Loumba. 

— Ne viens plus me réveiller avec ton hurlement, tu m’as fait sursauter. 

Amusé, le lion se sentit apaisé. Baloo lui dit :

— Tu crois que ta tête peut être d’accord avec les propositions de ton cœur ? Jouer avec les autres membres de ton clan, passer du temps avec Nala pour la connaître et venir me voir quand tu sens que ce sentiment revient ?

Un grand « OUI » sortit de la gueule du lion. 

— Est-ce que tu es d’accord pour le mettre en place.

— OUI ! dit le lion.

— Et tu crois que les autres y verront un inconvénient ?

— Oh non, je ne pense pas. Après réflexion, je crois qu’ils ont toujours voulu ça. 

— Est-ce que tu crois que ton sentiment d’insécurité sera atténué ?

— Oui, je serai entouré des miens.

— Je t’invite à remercier les deux parties de toi qui ont bien voulu travailler ensemble. 

Le lion ferma les yeux pour se tourner dans son intérieur et remercier ces parties. 

— Alors très bien, quand tu descendras dans la savane et que tu auras mis en place ces actions, comment sauras-tu que ton besoin d’appartenance sera comblé ?

— Eh bien, je ne serai plus seul, j’aurai des amis et peut-être même que Nala voudra constituer une famille avec moi.

— Je te le souhaite, lui dit Baloo. Et puis je serai là. 

— Je me sentirai prêt à prendre la révèle, dit le jeune lion. 

— Et dans quelques mois, comment te sentiras-tu ?

— Eh bien, comme maintenant : serein, heureux et apaisé. Et dans un an, j’espère que je pourrai venir te présenter ma famille.

— Et dans 5 ans ?

— Cela me semble bien loin, mais je me sentirai avec le même sentiment qu’à l’instant présent : en joie, plein de reconnaissance et pleinement satisfait et entouré.

Les deux nouveaux amis restèrent quelques heures à contempler la savane en cette fin d’après-midi, où la lumière était dorée ; une légère et douce brise soufflait sur leur pelage. Soudain, Loumba se dit qu’il était temps de repartir. Il remercia l’ours, se mit sur ses quatre pattes, mit sa patte droite en arrière afin de s’incliner avant d’abaisser sa tête en signe de gratitude. 

Loumba descendit la montagne avec un soulagement, une gaîté et une légèreté qui le surpris et qui le stimula. Arrivé dans son territoire, il aperçut au loin Nala, qui s’élança vers lui. 

— Tout le monde était inquiet de ne plus te voir, lui dit Nala.

— Oui, je suis là maintenant. Et si on allait chasser ensemble ?

— Avec plaisir ! dit très vite Nala à Loumba. 

Les deux partirent, très vite rejoints par trois autres lions du clan.

C’est ainsi que se termine cette histoire, dans une savane où régnait la quiétude, dans laquelle on pouvait entendre des rugissements de plaisir et de joie.

Maintenant que vous avez entendu cette histoire, qu’est-ce que cela vous inspire ? Cela vous donne-t-il des pistes de réflexion ? Comme vous avez pu vous en apercevoir, toutes les solutions étaient dans Loumba, il fallait juste les mettre en lumière.

Experte professionnelle certifiée en Accompagnement Individuel et formatrice en prévention et gestion du stress

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