La légende de Motu Mata’a

lava from volcano
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Texte écrit par mon amie Perrine Mangeot

Je voudrais te raconter une histoire …

Installe-toi confortablement, tire le rideau sur tes yeux et plonge avec moi au cœur de cette contrée sauvage où je t’emmène …

Une vielle légende raconte qu’il existe une ile, cachée dans le fin fond du Pacifique, qui, autrefois, n’avait pas toute la splendeur qu’on lui connait de nos jours.

Cette ile nichée au beau milieu d’un magnifique archipel bordé d’eaux turquoises et translucides, renferme un secret que seuls les anciens connaissent et qui se transmet encore de générations en générations, lors de veillées initiatiques. 

Tu es prêt désormais, je vais te le confier …

Autrefois appelée Motu Riri, Ile de la Colère en maori, cette ile peuplée de toutes sortes d’animaux, que l’on connait aujourd’hui, si verdoyante, si luxuriante, aux collines serties de palmiers majestueux, aux rivières chantantes et ondulantes, aux plaines fertiles enfantant ananas, passiflores, manguiers, bananiers et autres fruits délicieux et savoureux, était, à ce moment-là, bien différente. Elle était constituée, en son centre, d’un volcan aux flancs noir ébène, durs et secs. Entretenue par les nombreuses et successives éruptions de lave, sa carapace était devenue, en séchant, encore plus épaisse et sombre. A ses pieds, seules quelques petites pousses éparses essayaient, tant bien que mal, de sortir de cette terre devenue aride. Entourant la ténébreuse montagne, des plages de sable noir, tantôt perforées par des cratères, tantôt envahies par des amas de pierres volcaniques, se déversaient avec un contraste saisissant dans le lagon azuré.

Son nom, elle le devait à son caractère orageux et impétueux ! Sa réputation la précédait.

Tous les habitants de cette région, et même ceux au-delà des mers, savaient que Motu Riri pouvait exploser à tout moment ! Sans que personne ne sache vraiment pourquoi, et comme si un bouton avait été enclenché, Motu Riri se mettait à gronder. Un grondement sourd, venant de ses entrailles, se faisait d’abord entendre. Puis le vrombissement entrainait dans son sillage des tremblements ressentis à des kilomètres, et, montant du sol vers le sommet du volcan, le mugissement s’accompagnait de grandes et profondes exhalations qui finissaient en un crachat strident et étourdissant. Motu Riri éclatait alors dans un bouillonnant mélange de lave écarlate, de fumée noirâtre, de particules de poussière suffocantes et collantes et de rocailles incandescentes. Hors de lui, le volcan déchargeait toute sa fureur, hoquetant des salves de fracas tonitruants et répandant des larmes épaisses et rougeoyantes le long de ses versants. Inexorablement, le déchainement se poursuivait jusqu’au dernier spasme. 

C’est alors que Motu Riri, se taisant, prenait conscience de l’impact de l’explosion, des conséquences désastreuses sur ce qui l’entourait et de la distance supplémentaire que cela mettait entre elle et les autres : tant que les coulées bouillantes n’auraient pas refroidit, rien ni personne ne pourrait entrer en contact avec elle.

Bien malgré elle, Motu Riri ne savait pas comment faire autrement. Quand son cœur se mettait à se serrer très fort, quand son magma commençait à clapoter, elle ne savait plus comment arrêter la suite inéluctable des évènements. 

Un jour, plusieurs semaines après une énième éruption, quand les cendres furent retombées, recouvrant le sol d’un nouveau manteau noir, quand la lave se fut enfin calcifiée et que l’ile fut de nouveau entourée d’une eau claire, un tout petit oiseau multicolore vint se poser sur le basalte, au pied de la montagne qui semblait endormie.

Tuturi, qui signifie confiance, n’avait pas peur, malgré toutes les innombrables histoires qu’il avait entendues au sujet de Motu Riri. D’une voix légère et mélodieuse, il demanda à Motu Riri si elle acceptait qu’il se repose un instant en son sein. Cette dernière, surprise et intriguée par ce bel oiseau si peu farouche, accepta avec curiosité. Tuturi expliqua qu’il était parti d’une ile bien éloignée de là, et qu’il avait voyagé longtemps avant d’apercevoir enfin un bout de terre. Il raconta à Motu Riri tout le courage qu’il lui fallut pour quitter sa montagne natale afin de partir à la recherche d’une nouvelle terre qui pourrait accueillir sa famille et même tous les animaux peuplant son ile. Il révélât à Motu Riri que sa montagne était vouée à disparaitre. Jadis, elle était une splendide montagne qui avait vu se développer toute une végétation et une faune riches et abondantes qu’elle ne pourrait bientôt plus abriter. Malheureusement, comme beaucoup d’autres iles coralliennes avant elle, elle était, petit à petit, érodée par le temps, diminuée par le récif de corail qui s’étendait et noyait progressivement le mont central.

Motu Riri écoutât attentivement le récit du petit oiseau coloré, empreint de compassion pour cette montagne qui s’éteignait. Mais elle ne savait pas comment aider Tuturi. Elle se sentait bien démunie et senti que son cœur, envahi par l’émotion, commençait à se contracter. Elle eut peur : et si, bien malgré elle, elle se mettait à détoner, à exploser comme elle le faisait si souvent ? Elle fit alors part de ses inquiétudes à Tuturi et le pressa de quitter son refuge au plus vite. Mais Tuturi, qui était serein, lui demandât s’il lui était déjà arrivé de percevoir en elle des petits grognements qui lui faisait penser qu’elle allait à nouveau éclater sans pour autant que cela n’arrive réellement ? C’est alors que Motu Riri se rappela tous ces moments où elle éprouva au fond d’elle de légers tressaillements, de tout petits trépignements, d’infimes gémissements qu’elle avait finalement réussit à apaiser tout doucement et qui étaient passés inaperçus aux alentours. Elle ressentit alors toute le bien-être et la satisfaction qu’elle avait vécu lors de ces moments de confiance où elle avait réussi à maitriser l’ébullition qui naissait en elle. Elle se remémora la sensation étrange du feu qui s’éteint doucement avant d’avoir pu remonter la cheminée, cette fumée qui s’évapore grâce à un simple petit souffle, cette impression de fluidité à l’intérieur d’elle et la solidité de son socle. Tuturi lui suggéra de déposer ces sensations si agréables dans un endroit où elle pourrait facilement s’y reconnecter les prochaines fois où elle en aurait besoin. Ainsi, Motu Riri les dispersa tout autour d’elle, sur le récif de corail qui s’illumina alors de milliers de petites étoiles étincelantes, formant un halo luminescent. Dans cette nimbe magique, Motu Riri se sentait en sécurité, en confiance et pleine de ressources.

Tuturi avait bien vu s’opérer le changement et demanda alors à Motu Riri si elle accepterait de les accueillir, lui et l’ensemble des animaux de son ile presque devenue atoll. Autrefois, Motu Riri aurait refuser immédiatement, mais désormais rassurée par sa ceinture de lumière, Motu Riri accepta.

On raconte qu’à cet instant, l’épaisse croute de lave se fissura et que l’on vit apparaitre des pousses et des plants qui grandirent si vite que la montagne changea de couleur en en un clignement d’œil !

Et c’est ainsi que Tuturi alla chercher ses amis pour venir s’installer sur Motu Riri, qui ne tarda pas à poursuivre sa transformation, devenant au fur et mesure l’île à la magnificence inégalée du Pacifique que l’on connait désormais sous le nom de Motu Mata’a, l’île du Bonheur.

Perrine Mangeot

Experte professionnelle certifiée en Accompagnement Individuel et formatrice en prévention et gestion du stress

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